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06.04.2006 - Le réveil culturel de Turin
Toute rayonnante encore des lumières projetées sur elle à l'occasion des Jeux olympiques d'hiver, Turin a remballé skis et anoraks mais continue de porter haut sa fierté toute neuve. Car la ville, depuis le déclin amorcé par l'empire Fiat dans les années 1980, avait bel et bien perdu confiance en elle. Et voici que, briquée, rénovée, ripolinée, elle se découvre belle, et plus encore désirable, dans le miroir des Jeux. Ses habitants semblent avoir retrouvé le goût de vivre ensemble et de jouir enfin d'un cadre dans lequel leurs pères n'avaient fait que trimer. Commencée au milieu des années 1990, la mutation de la métropole industrielle en hypothétique cité radieuse des arts est loin d'être achevée. Mais les modalités de son accomplissement sont en place et témoignent d'une convergence politique exemplaire.

«En 1993, nous étions au fond d'un trou noir, se remémore Valentino Castellani, maire de 1993 à 2001 et président du Toroc, l'association organisatrice des Jeux. L'avenir de Turin ne nous apparaissait pas. Seule la culture nous semblait une ressource importante, non comme moteur de substitution au développement du territoire, bien sûr, mais comme un élément essentiel du futur.» Faisant le compte des richesses artistiques de la ville, les édiles constatent que, si elles sont nombreuses, elles ne sont ni exploitées ni organisées, et donc méconnues. Et pour cause. Dans l' «usine-Etat» qu'était le Turin du miracle économique, la culture avait l'air superflue. On se levait à l'aube et on se couchait avec les poules. Le changement se fera sentir avec la «défiatisation» de la classe laborieuse, quand, à la fin des années 1990, on commencera à pouvoir trouver un bar ouvert à minuit et que s'ouvrira, en 1997, le premier office du tourisme. Des atouts, pourtant, la ville en possède autant qu'une autre: allongée au pied des Alpes, le long du Pô, elle retient l'exubérance baroque de ses églises et de ses palais dans le quadrillage strictement perpendiculaire de ses rues à arcades, ouvrant sur des places lumineuses. C'est là qu'est né, au début du siècle, le cinéma italien; c'est là qu'a vu le jour, en 1967, l'arte povera; c'est là, encore, que l'Orchestre de la RAI a établi son siège...

Dans son bureau décoré de fresques, le maire, Sergio Chiamparino, 52 ans, s'étonne encore du «soulèvement» populaire et identitaire qu'ont provoqué les Jeux. «C'est la première fois, dit-il, que, depuis la naissance de notre projet de revalorisation urbaine, culturelle et touristique, un événement donne à tous la sensation qu'un futur peut être construit. A la veille des Jeux, personne n'aurait pu prévoir ce qui s'est passé. L'incertitude et la peur dominaient.» Et le vieil adage turinois «Ça ne marchera jamais» l'emportait. Pourtant, les faits sont là, tangibles et nécessaires au bien-être d'une population «post-fordiste» qui ne se contente plus, dans sa partie la plus jeune, de propreté, de sécurité et de moyens de transport. «Prenons le cinéma, reprend Valentino Castellani. Détrônée par Cinecitta dans les années 1930, Turin tente, depuis 1996 et la fondation de la Film Commission, de recréer un lien affectif avec la production italienne en facilitant les tournages dans la ville et dans le Piémont. Par ailleurs, nous avons utilisé les fonds structurels européens pour créer un parc multimédia de technologies de pointe, en particulier pour les effets spéciaux.» Avec trois festivals d'importance - l'un consacré aux nouveaux auteurs, l'autre aux femmes, le troisième aux films gays - et l'ouverture d'une faculté d'histoire cinématographique, Turin renoue donc son idylle avec le 7e art. Nul ne peut l'ignorer désormais, puisque le fabuleux Musée national du cinéma, inauguré en 2000 à grand renfort d'euros (15 millions), est devenu l'emblème de la ville. Installé dans la Mole Antonelliana, qui devait être la synagogue la plus visible au monde, flèche culminant à 167 mètres au-dessus des splendeurs catholiques de la cité, ce musée est le premier lieu de visite turinois.

«Idées, énergie, synergie». Tel pourrait être la devise du risorgimento culturel de l'ancienne capitale italienne. Ainsi en va-t-il aussi de la musique, du théâtre ou de l'art contemporain. Réactivés par l'organisation des Olympiades de la culture, partie intégrante des Jeux qui fut plébiscitée par le public, les équipements, tel l'auditorium de la RAI, abandonné depuis dix-sept ans, ont été rénovés. Les calendriers musicaux ont été accordés. Quant aux ressources financières, elles ont été rassemblées pour amplifier la qualité et le retentissement de l'offre, dont le festival Septembre en musique est le fer de lance et le théâtre Regio la fierté, versant opéra. C'est d'ailleurs avec le Regio que Walter Le Moli, directeur du Teatro Stabile de Turin et de la dizaine de salles qui le composent, prépare un partenariat unique en son genre, puisque, pour la première fois, une scène dramatique pourra bénéficier des services d'un grand orchestre. «Turin, dit Le Moli, est en train de devenir le nouveau laboratoire du théâtre italien, comme il l'a été pour l'industrie, la politique ou le cinéma.» L'ouverture, d'ici à trois ans, d'un grand plateau, susceptible de rivaliser avec les salles européennes, en est la preuve supplémentaire. Et celui qui vient d'accueillir Harold Pinter à l'occasion du Prix Europe pour le théâtre d'ajouter: «Dans une ville vouée à la transformation de la matière, vous devez dire ce que vous faites et comment vous le faites. Mais, sur le plan artistique, vous êtes libre.»

Sans doute est-ce cette liberté que l'on sent le plus dans ce mouvement turinois où l'initiative privée joue un rôle de premier plan, en alliance avec le secteur public. L'expérience de Patrizia Sandretto Re Rebaudengo, dont la fondation d'art contemporain porte le nom, est, à cet égard, instructive. Collectionneuse enthousiaste et autodidacte, cette jeune Turinoise, diplômée d'économie, a ouvert, dans une ancienne fabrique proche des usines Lancia, un musée d'un genre nouveau. Son objectif? Aider les jeunes artistes à produire, décomplexer le visiteur et mettre l'art dans la rue, ou sur les objets d'usage courant, grâce à des partenariats industriels. Avec la Fondation Mario Merz, qui porte le nom de ce célèbre représentant de l'arte povera, avec la Galerie d'art moderne (GAM) et le musée du château de Rivoli, cette fondation contribue à faire de Turin un pôle d'art plastique exceptionnel dans une Italie tout entière vouée aux chefs-d'œuvre anciens et guère préoccupée de muséologie. Un peu à part, mais non des moindres, le riche Museo Egizio rénové - quatrième musée d'art égyptien, dit-on, après celui du Caire, le British Museum et le Louvre - tient également sa place dans le renouveau artistique local.

La culture, remède aux difficultés d'une ville déboussolée par le renversement de son organisation socioprofessionnelle (60% dans l'industrie et 40% dans les services en 1980, l'inverse exact aujourd'hui)? Pas si naïfs, les Turinois. La culture, dit-on ici, ne va pas résoudre les problèmes de la ville, mais elle est primordiale pour la démocratie et l'économie. Elle implique plus de tourisme, donc plus d'emplois dans le secteur des services. «Les artistes italiens commencent à regarder Turin d'un autre œil, estime Patrizia Sandretto. Portée par une tradition artisanale de haute qualité, cette “contamination des arts contemporains” les incite à venir s'installer dans la ville.» Cela d'autant plus que Turin s'emploie à faire meilleure figure. L'enterrement des lignes de chemin de fer qui séparaient le quartier industriel de Borgo San Paolo du quartier résidentiel de Crocetta a eu pour première conséquence l'arrivée de jeunes branchés dans cette partie mal aimée de la cité ouvrière, tandis que le centre-ville, abandonné jusqu'en 1990, reprend des couleurs enviables. Président de la faculté d'architecture, Carlo Olmo confirme: «Pour la première fois de son histoire contemporaine, Turin accueille des habitants qui ne sont pas des ouvriers. Une bourgeoisie intellectuelle émerge, qui va changer la façon d'utiliser la ville. Les quelque 6 millions de mètres carrés industriels libérés devraient donner naissance à un nouveau pôle urbain et à un nouvel urbanisme. Le problème est que ce développement se fait dans un éclectisme peu sympathique, une sorte de Disneyworld où le lien n'a pas été fait entre le culturel, le social et l'architecture.»

Lieu d'expérimentation in vivo du passage d'une société ouvrière à une société bourgeoise, Turin témoigne de ce bouleversement intime dans toutes les parties d'une cité où les réalisations prestigieuses de Gae Aulenti ou de Renzo Piano côtoient les couleurs contrastées du village olympique, dont la vente devra renflouer les caisses de la ville. Le développement des infrastructures, métro et TGV Milan-Turin-Lyon en premier lieu, renforce la dynamique de transformation de la capitale piémontaise. Et Milan risque fort de pâlir, un jour, du futur éclat de Turin. De là à dire: «Non Fiat sed Luxe», la route est encore longue...

Laurence Liban

 
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